15-01-2008

Antigone en darija

Il ne s’agit pas de Antigone joué sur les planches en darija. Non, détrompez-vous ! Ç’aurait été génial, accessible à tous… trop beau. 

 

Il y a quelques semaines, je rencontre, après l’avoir perdu de vue durant des mois, un ami, professeur de français ; chaude et chaleureuse poignée de mains ; il a horreur de « faire la bise ».
Salamalek, salamalek, ça va, ça va, puis il me prend par le bras m’invitant à prendre un café quelque part. « J’ai quelque chose à te dire, à t’annoncer, à te confier ».
« Wakha, je te suis toute ouïe mon ami ».
On s’attable, on commande, il se tourne vers moi et tire à bout portant : « Imagine un prof de français, moi en l’occurrence, expliquant à ses élèves (lycéens ya hasra) Antigone en darija !
J’éclate de rire : « Ah cher ami, tu as toujours ton sens de l’humour bien aiguisé ». « Mais non, mais non ; je te parle sérieusement ».
Le niveau en français est tellement bas, en 6ème, qu’il est impossible au professeur de donner son cours de littérature française, comme celui de Antigone, en utilisant à cet effet la langue de Jean ANOUILH.
« Et en arabe, mon cher ami, l’arabe classique ? » « Nous sommes au Maroc, pas en Syrie cher ami ; j’ai étudié la littérature française en français et pas en arabe ».
C’est… que dire ? Triste ? Choquant ? Navrant ? Révoltant ? Antigone décortiquée en darija pendant un cours de français !!!
Mais que s’est-il donc passé dans notre enseignement pour qu’on se retrouve avec un niveau si bas, et pas seulement en français (disons que le français n’est pas la langue maternelle des Marocains), mais, d’après le témoignage de plusieurs enseignants, en d’autres matières également, même en langue arabe.
Quand on sait que la langue, toute langue, reste le véhicule par excellence qui facilite l’accès au savoir, on se demande ce qui va advenir de nos élèves, collégiens et lycéens, quand ils devront suivre un enseignement universitaire …. pour le peu d’entre eux qui vont y arriver?
Où réside le problème ? Comment remédier à cette situation catastrophique ? Qu’en disent les hauts responsables de l’enseignement ? Qu’en disent les scientifiques, psychologues, sociologues… ?
Ceux qui ont les moyens inscrivent leurs enfants dans les missions et, par la suite, dans les instituts privés pour leur assurer un enseignement de qualité et plus de chance à l’avenir. Mais qu’en sera-t-il pour les autres ?
M. Mrini

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