28-01-2008
Ces armées du social qui font bouger le pays
Elles sont « tout terrain » ! Elles sont en constant mouvement et, chaque jour, chaque mois, tels des spéléologues qui s’aventurent dans de nouvelles galeries souterraines, investissent de nouveaux terrains, de nouveaux secteurs.
Illettrisme, enfance en difficultés, femmes violentées, émigration et immigration, santé et maladies, scolarisation et fournitures, fêtes et moutons, culture et création, tourisme et monde rural, environnement et, même, msids et religion…
Un seul et unique terrain leur est strictement interdit : le politique. Fort heureusement ! Cependant, même si les textes en vigueur interdisent ce terrain aux associations et ONG, il est de plus en plus à la mode d’entendre parler d’association à sève gauchiste, d’une autre à sang islamiste, d’une troisième qui roule à droite, etc. Les partis politiques étant devenus des niches de séniles, d’incapables, d’amateurs et des fois même de tarés, les militants parasitent l’univers associatif pour y pondre des œufs idéologiques.
Toujours est-il que ces centaines, voire milliers, d’associations et d’ONG font – et parviennent à des résultats satisfaisants – ce que des départements ministériaux n’ont pas pu faire, soit à cause d’une mentalité maladivement fonctionnaire et bureaucratique, soit par manque de stratégie, de planification, de professionnalisme et de moyens.
Regarder une Jebliya avec son mendil et sa chachilla, de Ksar Seghir, de Nouinouich, de Sidi Kankouch ou d’ailleurs dans le monde rural, déplier, devant un micro, sa feuille de papier pour se mettre, par la suite, à lire, en arabe correct, son message de salutations, de remerciements, adressé à des dizaines de personnes, il y a de quoi tomber en admiration, et à l’alphabétisée et à celles et ceux qui l’ont aidée à sortir des ténèbres de l’ignorance.
D’autres s’occupent d’insuline, de dialyses, de lunettes, de soins cardiaques, de dépistage de SIDA, d’autres forment à un métier, d’autres défendent la femme contre la violence des machos – et les machos ne sont pas forcément des musulmans pratiquants comme le laissent entendre quelques pseudo-modernistes – d’autres procurent des pinceaux et des couleurs aux créateurs en herbe, d’autres encore aident les ruraux à commercialiser eux-mêmes leurs produits pour ne pas les vendre, à deux sous, à des revendeurs vampires.
Que serait le Maroc sans ces armées du social qui, au delà de contribuer au développement, vont jusqu’à innover pour un bien être collectif ?
M. Mrini

