12-02-2008
L’Affaire Ben Barka de Jacques Labib et Philippe Madral
L'Affaire Ben Barka, le téléfilm en deux parties diffusé sur France 2, suscite la polémique en France et ailleurs. Fiction ? Documentaire ? Ni l’un, ni l’autre, ni les deux ensemble comme l’ont étiqueté quelques critiques.
Le film, dit son réalisateur s’appuie sur des faits historiques ; oui mais quelle version ? La française, on ne la connaît pas encore. La marocaine non plus. Il y a eu de par-ci de par-là des « révélations-rumeurs » qui n’ont aucun fondement d’autant plus que le cas « Mehdi Benbarka n’est pas encore élucidé. Peut-être ne le sera-t-il jamais. Alors ! Quelle est la source de ces faits historiques dont parle le réalisateur français.
Notre concitoyen, l’écrivain Ahmed BERROHO nous a fait parvenir sa réaction quant à quelques détails fort révélateurs sur le profil et la présentation – non fidèle - de quelques personnages.
----------------------------
L’Affaire Ben Barka
ou
Les Bêtises du cinéma français
Qu’ils aient comploté ou pas contre le Roi Hassan II, la sagesse arabo-islamique nous interdit de médire de nos morts, sans pour autant enjoliver leurs actes.
Le général Mohamed Oufkir personnifiait la force de caractère des Amazighs, leur dignité. Leur patriotisme. Le commandant Ahmed Dlimi (il n’est lieutenant-colonel qu’en 1967, et pas colonel comme on l’a vu dans le film) incarnait les valeurs arabes ; ce natif de Sidi Kacem n’avait jamais daigné se mettre à côté des ministres dans les audiences royales, des ministres dont il abhorrait la fausseté.
Aussi ce piètre comédien singeant Oufkir dans le film « L’Affaire Ben Barka » a moins de valeur que les proxénètes français, pourvoyeurs de prostitués du ministre marocain de l’Intérieur qui faisait trembler, par son seul imperceptible regard, l’Etat et la nation, et qui était, pour tout le monde, y compris le Roi Hassan II, « Si Mohamed », et non « Mohamed » tout court, comme appelé dans ledit film. Et par qui ? Par ses subalternes qui, de surcroît, discutaient ses ordres : quelle monumentale bêtise scénique ! Ces officiers avaient-ils plus de poids que la Cour royale dont la respiration se déréglait, quand elle sentait la présence du général Oufkir au Palais ?!
La « doublure » du commandant Ahmed Dlimi qui était un grand capitaine et un patron exemplaire des Services de Renseignements marocains ; cette doublure, donc, n’avait ni le port impressionnant de Dlimi, ni sa façon de parler, que tous les officiers supérieurs de ses Services spéciaux s’ingéniaient d’imiter, et encore moins son regard discrètement scrutateur. Quant aux comédiens qui ont interprété les rôles supposés des agents du Cab-1 dans le film, ils étaient trop petits, vulgaires, trop clowns pour des officiers marocains de renseignements.
Il fallait trouver des acteurs de taille : un Jack Palance pour Oufkir, un Yves Montant pour Dlimi et un Paul Meurice pour Ben Barka que vous avez, lui aussi, diminué, et à dessein. Car, pour les Français, un Marocain __ bougnoul, bicot, raton, dan votre dictionnaire __ ne vaut pas plus qu’un autre.
Une précision : Avant la création de la DGED __Direction générale d’études et de documentation__, les Services spéciaux marocains avaient pour nom Cab-1 : « Cabinet numéro un » du Directeur général de la Sûreté nationale. Or, au Cab-1, il y avait deux Achachi. Un commissaire, chef du Secrétariat particulier de Dlimi, et un autre commissaire, Mohamed Achachi, frère du précédent, chef du Département du Contre-espionnage relevant dudit Cab-1. Donc, ce dernier ne pouvait en aucun cas être mêlé à l’enlèvement présumé de Mehdi Ben Barka : ce genre d’opération était du ressort du Département de la Contre-subversion, dirigée, à l’époque, par un autre commissaire qui avait pour nom véritable : A. A., et pour pseudonyme : C. A. Ce responsable sécuritaire appartenait au Cab-1, et dont les Services de renseignements français ignorent toujours l’existence __les chefs d’Etat français sont bien renseignés ! __ chose qui a enduit en erreur et manqué de respect à des millions de téléspectateurs.
Si la haute sphère française ne veut pas oublier que ses Services spéciaux avaient été ridiculisés, chez eux, et en plein Paris, par leurs homologues marocains, ils devraient, pour se venger, trouver autre chose que de faire un navet plein de bêtises, un film dont aucune star française n’avait accepté un rôle.
Lisez « Ben Barka, Mythe ou réalité ? » et vous serez édifiés sur l’histoire politique du Maroc… Mais les cinéastes français ne raffole que de ce qui s’écrit de mensonger et de négatif sur le Royaume chérifien.
Messieurs ! Du respect pour notre armée royale !
Du respect pour les Marocains, appelés « Ratons » dans votre film !
Du respect pour le Maroc qui vous a nourris pendant un demi-siècle, et qui continue à vous nourrir, de son eau et de son électricité !
Les Marocains, Messieurs, ont, comme tous les hommes, bien des défauts. Mais ils ne connaissent pas l’ingratitude… Suivez-nous dans cette vertu.
L’écrivain Ahmed Beroho

